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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 08:46

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I was made for loving you Satan !

Synopsis:

Heidi est animatrice vedette d'une radio locale de la ville de Salem. Un jour elle reçoit un vinyle d'un groupe inconnu, qui se fait appelé Lords. C'est le début d'une longue descente aux enfers...

Mon avis:

Il y a une expression qui revient souvent lorsqu'on se met en tête de critiquer certains films : "Ça ne ressemble à rien !". Souvent, c'est plutôt dans le sens "Mon Dieu que c'est laid, ça ne ressemble à rien !". À vrai dire, il y a un peu de ça dans Lords of Salem. Enfin presque. Parce qu'il faut dire que le film est constamment sur le fil entre cette première définition, et l'autre : "Je ne sais pas quoi en penser, je n'ai jamais rien vu de tel !". 

Lords of Salem est un film de sorcellerie. Attention, on parle ici de vrai sorcellerie, celle qui tâche, et qui suinte le blasphème par tous ses pores. Tous les ingrédients sont là d'ailleurs : bestiaire quasi mythologique, sorcières à poil, invocations démoniaques, bûchers et autres instruments de tortures... Je ne serais d'ailleurs pas étonné que le réalisateur Rob Zombie ait ouvert un bouquin de sorcellerie pour mieux agrémenter son film de détails sordides.

Extrêmement codifié tout cela, n'est-ce pas ? Étonnemment pas tant que ça. Au lieu d'utiliser ces éléments pour créer une structure scénaristique qui servirait de fil rouge et de garde-fous, le film choisit de s'en servir comme autant d'ingrédients pour sa propre folie. Autant vous dire que le résultat entre directement dans la catégorie "ça passe ou ça casse". Dans tous les cas, c'est indéniablement destabilisant.

Un exemple sans trop dévoiler le film. N'importe quel film d'horreur partant sur un postulat similaire à celui-ci, à savoir un personnage qui se retrouve soudainement aux prises avec des forces surnaturelles hostiles, a en général le choix entre deux options. Il peut tout d'abord choisir de dévoiler petit à petit le mystère autour des raisons qui font que notre héros est ainsi frappé par le malheur. C'est le cas du prochain Mama, ou encore de Paranormal Activity. On peut aussi citer The ring dans lequel l'héroïne est carrément journaliste et enquête pour comprendre ce qui lui arrive. L'autre option, consiste à mettre cet aspect au second plan et à se concentrer sur la survie des personnages principaux. C'est souvent le choix des films gores, comme le nouvel Evil Dead, ou encore The descent. Lords of Salem ne s'embarasse pas de choisir. Il y aura bien une enquête, mais tellement secondaire qu'on en vient à penser qu'elle n'est là que pour apporter un peu de respiration dans ce film à l'atmosphère étouffante. En revanche, notre héroïne ne fera pas grand chose pour tenter de survivre. Le film se retrouve donc totalement libre de faire ce qu'il veut.

Une fois n'est pas coutume, analysons l'image choisie pour illuster l'article. Voici donc une jeune fille maquillée comme le Joker, portant un pull rayé de prisonnier, complètement troué. Une belle imagerie de film d'horreur bien sordide. Pourtant, le décor est complètement en désaccord avec cette impression. Somptueux, chaudement éclairé, il est tout droit sorti d'un film de Sissi la princesse. La scène en devient quasiment schizophrène. Et encore, je ne vous raconte pas ce qu'il y a en contre-champs, tant cela renforce la folie qui se dégage de cette scène. Décidément, ce film se veut libre.

Cette liberté, il en profite. Certains diront peut-être qu'il en abuse. Ou qu'il ne va pas assez loin. Encore une fois, on est dans une position délicate pour juger. En effet, le montage est très particulier, coupant des scènes à des moments inattendus, ou en enchaînant d'autres qui a priori n'ont rien à voir. Et c'est sans parler des scènes d'hallucinations, véritablement hallucinatoires. Donc oui, le film est très libre. Pourtant il croule sous les références, la plus évidente étant Rosemary's baby. Une des actrices du film va même jusqu'à s'exprimer comme Ruth Gordon, qui jouait la fameuse voisine de palier de Mia Farrow. Mais ce n'est pas la seule référence. On pense beaucoup à Shining, notamment dans sa façon de placer des intertitres très utiles (Lundi, Mardi...) à n'importe quel moment. Il y a même des références aux jeux de la saga Silent Hill, avec un plan particulier de Heidi, effondrée sur un fauteuil roulant. Et on est loin d'avoir fait le tour. Donc non, le film n'est pas si libre que ça.
Personnellement, je préfère voir ces références de la même manière que les éléments des histoires de sorcellerie évoqués plus haut : des ingrédients dont le film se sert à sa guise pour mieux entretenir sa propre folie.

Néanmoins, il ne faut pas oublier que Rob Zombie s'est attaqué à un film d'horreur, au sens large du terme. La question est donc : Lords of Salem fait-il peur, oui ou non ? Incontestablement, il entretient une atmosphère malsaine à travers son éclairage vraiment remarquable, et son ambiance sonore dérangeante. On est plongé dans un autre monde. Quant au bestiaire, il est en grande partie constitué de sorcières brûlées, ou d'espèces de fantômes particulièrement gênants, dans le sens où ils mettent mal à l'aise. Le personnage de la chef des sorcières est franchement réussi et ses seules apparitions furtives dans l'appartement de Heidi suffisent à nous faire frémir. D'ailleurs Rob Zombie parvient la plupart du temps à résister à cette facilité qui consiste à lancer une musique stridente à chaque fois qu'un monstre surgit pour mieux nous faire susauter. Cet effet est certes très efficace, mais il est un peu à la peur ce que le pathos est à l'émotion : d'accord, ça fonctionne, mais c'est vraiment balourd. En résumé, je dois dire que Lords of Salem m'a fait peur...

Mais... Car il y a  un mais, en effet, et j'imagine qu'ayant lu la critique depuis le début vous vous y attendiez. Mais voilà, Rob Zombie ne peut pas se contenter de ça. Juste faire peur, c'est rentrer dans un schéma classique, et ça c'est hors de question. Donc il choisit de pousser cela jusqu'au grotesque. L'immersion du grotesque dans le monde de l'horreur renforce le malaise ambiant... tout comme il peut renforcer le ridicule. Pour ma part, je me suis senti assez mal à l'aise, tout en étant conscient du ridicule de la situation. Il faut dire aussi que j'ai vu le film seul dans un cinéma quasiment vide. Avec des amis, nul doute que certaines de ces situations auraient vite viré à la blague potache. Je pense notamment à la représentation du diable, qui ici ressemble à un membre de Slipknot qui aurait un bon ventre à bières. Et je ne vous raconte pas quand la version miniature arrive... car oui, il y a une version miniature, au sens propre du terme. 

Pourtant on reste accroché, grâce à des personnages attachants. Heidi est très réussie, et en quelques scènes au début du film, elle devient une de nos amies. Elle garantit un minimum de cohérence dans le film

J'en viens parfois à me dire que Rob Zombie avait envie d'un film de sorcières drolatique. Ce qu'il a plutôt réussi je pense. Et même si l'aspect radical de sa démarche lui vaut quelques faux pas, on ne peut qu'apprécier cet effort pour produire un film original, dans un genre qui peine parfois à dépasser la frontière de ses propres codes.

Ma scène culte:

Disons plusieurs séquences du film qui retiennent mon attention. En effet, comme l'essentiel du film se passe entre l'appartement de Heidi, et celui très étrange situé au bout du même couloir, il fallait trouver un couloir angoissant. Je n'aurais jamais cru écrire une chose pareille un jour, mais Rob Zombie filme extrêmement bien les couloirs. L'éclairage surréaliste situe le lieu hors de tout espace connu. Traverser ce couloir pour aller à la porte qui se situe au bout, c'est déjà mettre un pied en enfer. Terrifiant.

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